Pendant longtemps, je pensais que supporter la douleur était une qualité.
Pouvoir continuer malgré une migraine. Finir une séance alors que mon corps disait stop. Faire “comme si de rien n’était”. Encaisser.
Et honnêtement, je crois qu’on est nombreuses à avoir appris ça très tôt.
En tant que femmes, on grandit souvent avec l’idée que la douleur ou l’inconfort font partie du jeu…
Les règles douloureuses ? Normal. Les chaussures à talons qui font mal ? On s’habitue. La fatigue ? Pas une excuse.
On apprend vite à minimiser les signaux de notre corps. À serrer les dents. À continuer.
Dans le sport, cette capacité à tenir est même souvent valorisée. On admire le mental. La discipline. Le dépassement de soi.
Mais avec le temps, je réalise qu’il existe une frontière très fine entre persévérance et déconnexion de soi.
Parce qu’on ne peut pas ignorer son corps indéfiniment sans finir par le payer.
Et si écouter son corps n’était pas une faiblesse, mais au contraire une condition essentielle pour pratiquer le sport durablement, progresser… et surtout continuer à y prendre du plaisir ?
Pourquoi les femmes apprennent souvent à ignorer leur corps
Je trouve ça assez frappant quand on commence à y réfléchir.
Très tôt, beaucoup de femmes apprennent à banaliser certaines douleurs. Pas forcément parce qu’on leur dit explicitement de souffrir, mais parce que beaucoup d’inconforts sont présentés comme “normaux”.
On entend :
“Ça passera.”
“C’est dans la tête.”
“Il faut faire avec.”
Et le fameux "il faut souffrir pour être belle"…
Alors on fait avec.
Et ce mécanisme finit parfois par se retrouver dans notre rapport au sport.
Quand on est une femme sportive, il y a souvent plusieurs couches qui se superposent. L’envie de progresser. La recherche de performance. Les injonctions autour du corps. La volonté d’être disciplinée. De ne pas abandonner. De ne pas être “faible”.
Résultat, on peut facilement finir par ignorer des signaux pourtant importants :
- une fatigue inhabituelle,
- des douleurs persistantes,
- un manque d’énergie chronique,
- une perte de motivation,
- un sommeil perturbé,
- des blessures qui reviennent sans cesse.

Le problème, c’est qu’à force de ne plus écouter son corps, on finit parfois par ne plus savoir l’entendre.
Et dans une société où l’on valorise énormément la productivité et le dépassement de soi, ralentir peut presque donner l’impression d’échouer.
Pourtant, dans le sport comme ailleurs, tenir à tout prix n’est pas toujours une preuve de force.
Parfois, c’est juste le signe qu’on a appris à ne pas s’écouter.
Dans le sport, la frontière entre mental fort et surentraînement est parfois très mince
J’adore le sport pour tout ce qu’il m’apporte.
La sensation de liberté pendant une sortie running. L’énergie. La confiance. Le sentiment d’être vivante et alignée dans mon corps.
Mais le sport peut aussi devenir un terrain glissant, surtout pour les femmes.
Parce qu’on y retrouve énormément d’injonctions :
être performante,
être mince,
être régulière,
être “fit”,
toujours faire plus.
Et avec les réseaux sociaux, cette pression peut vite devenir permanente.
On voit des entraînements ultra-intenses partout. Des routines parfaites. Des corps sculptés. Des messages qui glorifient parfois le “no pain no gain”.
Sauf que le corps, lui, ne fonctionne pas comme un robot.
Quand on ne récupère pas suffisamment, quand l’alimentation devient insuffisante par rapport à la dépense énergétique ou quand on accumule fatigue physique et mentale, le corps finit souvent par envoyer des signaux d’alerte.
C’est notamment ce qu’on observe avec le syndrome RED-S (Relative Energy Deficiency in Sport), un syndrome de déficit énergétique de plus en plus étudié chez les sportives.
Concrètement, cela peut entraîner :
- une fatigue chronique,
- des blessures à répétition,
- des troubles hormonaux,
- une baisse des performances,
- des cycles menstruels perturbés,
- une récupération plus difficile.

Le sujet est aujourd’hui pris très au sérieux dans le sport de haut niveau, notamment par le Comité International Olympique.
Et même sans aller jusque-là, beaucoup de femmes sportives vivent des formes plus discrètes de déséquilibre :
continuer à s’entraîner malgré l’épuisement,
culpabiliser les jours de repos,
avoir peur de “perdre son niveau” en ralentissant.
Je crois qu’on sous-estime encore énormément l’impact de cette déconnexion corporelle sur notre santé physique mais aussi mentale.
Écouter son corps ne veut pas dire abandonner ses objectifs
Pendant longtemps, j’ai associé le fait de lever le pied à un manque de discipline.
Comme si une bonne sportive devait toujours être capable de pousser plus loin.
Aujourd’hui, je vois les choses différemment.
Écouter son corps, ce n’est pas renoncer à progresser. Ce n’est pas devenir moins ambitieuse. Ce n’est pas “s’écouter trop”.
C’est apprendre à distinguer :
- la flemme passagère,
- de la vraie fatigue,
- l’inconfort normal de l’effort,
- du signal d’alerte,
- le dépassement ponctuel,
- de l’épuisement chronique.
Et honnêtement, cette nuance change beaucoup de choses.
Parce qu’une pratique sportive durable ne repose pas uniquement sur l’intensité. Elle repose aussi sur la récupération.
Le sommeil.
L’alimentation.
Le stress.
Le cycle menstruel.
L’énergie mentale.
La charge émotionnelle.

Notre corps n’est pas une machine isolée du reste.
Certaines semaines, on peut soulever des montagnes. D’autres, on a besoin de ralentir un peu. Et ce n’est pas un problème.
D’ailleurs, de plus en plus d’entraîneurs et de spécialistes du sport féminin rappellent aujourd’hui l’importance d’adapter l’entraînement aux fluctuations hormonales et énergétiques des femmes plutôt que d’appliquer des modèles pensés historiquement pour les hommes.
Je trouve ça important à rappeler, parce qu’on parle souvent de performance sans parler des conditions nécessaires pour durer.
Or durer, c’est essentiel.
Ce n’est pas très utile de “tenir” quelques mois si derrière on accumule blessures, fatigue ou dégoût du sport.
Le sport peut devenir un espace de réconciliation avec son corps
C’est probablement ce que j’essaie de construire aujourd’hui.
Une relation au sport moins punitive. Moins basée sur le contrôle. Plus connectée aux sensations.
Bouger parce que ça fait du bien.
Courir pour se sentir vivante.
Faire du sport pour gagner en énergie, pas pour s’épuiser davantage.
Et je ne dis pas que c’est simple.
Il y a encore des moments où je culpabilise de ralentir. Des séances où j’ai envie de prouver quelque chose. Des périodes où je retombe dans le “toujours plus”.
Mais j’essaie de me rappeler que la vraie puissance n’est peut-être pas dans la capacité à ignorer son corps.
Elle est peut-être dans la capacité à collaborer avec lui.
À comprendre ses limites.
À respecter ses besoins.
À construire une pratique qui nous permette encore d’être là dans dix ans, avec toujours autant d’envie.

Chez Gayaskin, cette vision du sport résonne particulièrement fort.
On parle souvent de mode durable. De vêtements conçus pour durer. Mais au fond, la question va plus loin que ça.
Comment pratiquer durablement ?
Comment prendre soin de son corps autant que de ses performances ?
Comment continuer à bouger avec joie, sans transformer le sport en espace de pression supplémentaire ?
Je crois sincèrement qu’on mérite mieux que ça.
On mérite un sport qui nous rende plus fortes sans nous couper de nous-mêmes.
Apprendre à s’écouter, vraiment
Je pense qu’il y a une différence immense entre être résistante… et être déconnectée de son corps.
Et pendant longtemps, j’ai confondu les deux.
Aujourd’hui, j’essaie d’apprendre autre chose.
Pas parfaitement.
Pas de manière linéaire.
Mais progressivement.
Apprendre à écouter les signaux avant qu’ils ne deviennent des cris.
Apprendre à récupérer sans culpabiliser.
Apprendre qu’un jour de repos n’efface pas tous les efforts.
Apprendre qu’on peut être ambitieuse sans être en guerre contre soi-même.
Le sport m’aide beaucoup dans ce chemin-là.
Pas parce qu’il me pousse à dépasser mon corps.
Mais parce qu’il m’oblige, enfin, à l’écouter.
Et vous, est-ce qu’on vous a appris à encaisser… ou à écouter ?

















































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