Polyester recyclé : matière écologique, mais pas à n’importe quel prix

Chez Gayaskin, une des matières que nous utilisons est le polyester recyclé. Dans cet article, nous répondons aux questions que vous nous posez régulièrement à ce sujet. Pour chacune de ces questions, la réponse est présentée en 2 parties :

  • Les faits : informations factuelles issues des certifications de nos tissus ou d’études scientifiques dont la source est donnée.
  • Notre avis : une partie plus subjective dans laquelle nous discutons du sujet et de notre vision.

Préambule : qu’est ce que le polyester ?

Le polyester, est une matière dérivée du plastique fabriquée à partir du pétrole via un procédé très polluant et gourmand en énergie. C’est la fibre la plus utilisée dans l’industrie du textile : 30 millions de tonnes sont produites par an, avec un besoin d’environ 70 millions de barils de pétrole… de quoi faire 4,5 millions de fois le tour de la planète en voiture !

Lorsque l’on parle de polyester recyclé, par opposition au polyester vierge, cela signifie qu’il n’a pas été fabriqué à partir de pétrole mais de déchets existants. Il y a alors 2 types de polyester recyclé :

  • Le polyester recyclé « pré-consumer » : c’est-à-dire issu de déchets qui n’ont pas déjà eu une première utilisation par les consommateurs. Cela concerne donc les déchets industriels et résidus de production.
pre consumer chutes de tissu LQ
post consumer bouteilles en plastique
  • Du polyester recyclé « post-consumer », c’est-à-dire recyclé à partir de déchets ayant eu une première vie. On trouve alors principalement du fil recyclé à partir de bouteilles en plastique en PET (le plastique contenu dans les bouteilles d’eau transparentes) ou du fil recyclé à partir de textiles usagés.

Dans les 2 cas, l’intérêt est qu’à l’origine de la fibre, on ne trouve pas un baril de pétrole vierge et que la consommation d’eau et d’énergie est réduite par rapport à une production de polyester vierge.

De quoi est issu notre polyester recyclé ?

Les faits : Nous utilisons du polyester recyclé post-consummer fabriqué à partir de bouteilles usagées. Ce sont des bouteilles issues directement des centres de tris des déchets et non des bouteilles ramassées dans les océans. Pour certains de nos futurs produits, il y aura également des bouteilles qui ont été ramassées en mer Méditerranée (via l’entreprise Seaqual), mais ce type de collecte représente une très faible part de la production mondiale.

Notre avis : 480 milliards de bouteilles en plastique sont vendues chaque année dans le monde, soit plus de 15 000 bouteilles par seconde. Il en découle inévitablement un enjeu environnemental majeur : que faire de toutes ces bouteilles en plastique, qui terminent pour beaucoup en déchets non collectés, et finissent dans les mers ? Rappelons en effet qu’au total entre 5 et 13 millions de tonne de plastique se déversent dans la mer chaque année, comme l’indiquait en 2017 le rapport Euromonitor International sur la tendance globale des emballages, cité par The Guardian.

En Europe, et notamment en France, la collecte des bouteilles existe depuis plusieurs décennies pour adresser ce problème. L’un des débouchés pour ces bouteilles est la filière textile. Il y a plusieurs avantages à cela :

  • la réduction de l’impact carbone de la production des tissus
  • la quantité de déchets qui s’en trouve aussi limitée : c’est autant de plastique en moins dans les océans, que les bouteilles soient issues des centres de tris ou des déchets marins, puisque la plupart des déchets viennent de la terre.

D’où viennent les bouteilles usagées ?

Les faits : les bouteilles que nous utilisons pour le recyclage proviennent d’Italie. Tout le process est d’ailleurs réalisé en circuit court : les bouteilles sont collectées et transformées en fil dans le nord de l’Italie, et notre tissu est ensuite confectionné et teint dans la même région. Seule exception pour le tissu de notre nouveau débardeur 100% polyester recyclé pour lequel le tissage et la teinture sont faites en France.

GAYASKIN carte du projet

La carte détaillée du projet Gayaskin est disponible ici

Notre avis : nous avons souhaité privilégier au maximum une filière 100% européenne, et ce même au niveau de la collecte des bouteilles. Pour l’instant nous y sommes parvenus. Cependant, il faut savoir que les plus grosses filières de recyclage du polyester ne sont pas européennes mais asiatiques. Et on le voit dans nos recherches… Au fur et à mesure que nous étendons notre gamme, on réalise qu’il est très compliqué de tout avoir : 100% recyclé, bouteilles venues d’Europe, tissé en Europe et certifié Oeko Tex (et on ne parle ici que de critères écologiques, il y a ensuite l’aspect technique et esthétique bien sur …). Il est possible que l’on doive à l’avenir faire un compromis sur ce point pour un tissu donné et avoir des bouteilles venant de plus loin. A noter : lorsque l’on pose la question de la provenance des bouteilles, beaucoup de fournisseurs sont très étonnés et nous avouent que peu remontent la traçabilité jusqu’au stade de la bouteille …

Comment les bouteilles sont-elles transformées ?

Les faits : Les bouteilles en plastiques sont collectées par le circuit de collecte urbain, puis :

  • Elles sont triées dans un centre spécialisé (couleur, composition, qualité…)
  • Puis elles sont broyées en copeaux mécaniquement.
  • Ces copeaux sont ensuite fondus et transformés en granulés, sans utiliser de produits chimiques.
  • Les granulés sont ensuite chauffés et extrudés dans des sortes d’entonnoirs qui permettent de fabriquer des filaments.
  • Les filaments sont ensuite travaillés dans différentes machines, pour les combiner, tendre etc… afin d’arriver au fil de polyester recyclé utilisable (plusieurs filaments sont effet nécessaire pour fabriquer un seul fil).
  • Enfin, les fils sont tissés.

Tout cela nous permet de réduire l’impact carbone de plus de 50% et la consommation d’énergie de 50% par rapport à une fibre vierge, d’après l’analyse réalisée par notre filateur. 

Des études scientifiques permettent également de conforter ces chiffres comme par exemple :

  • Environmental Aspects of Mechanical Recycling of PE and PET : A Life Cycle Assessment Study – Floriana Perugini, Maria Laura Mastellone and Umberto Arena
  • Open-loop recycling : A LCA case study of PET bottle-to-fibre recycling – Li Shena, Ernst Worrellb, Martin K. Patela
 
de la bouteille en plastique au vetement recycle

Notre avis : Ce procédé est intéressant sur le plan écologique, néanmoins, il est important de veiller à la qualité et durabilité du tissu final. En effet, les fibres de polyester ainsi obtenues sont plus courtes que du polyester traditionnel et donc potentiellement plus fragiles. Si le tissu risque d’être soumis à de nombreux frottements, un des outils pour vérifier cette durabilité  est un test d’abrasion (test Martindale). Ce test permet de simuler des frottements répétés du tissu contre lui même ou du tissu contre une laine abrasive.

Ce procédé utilise-t-il des métaux lourds ?

Les faits : NON. L’intégralité du procédé de fabrication (la transformation des déchets en fil, le tissage et l’impression des motifs) est certifiée OekoTex®. Ce label garanti l’absence de substances nocives pour la peau et l’environnement, notamment les métaux lourds et les phtalates (perturbateurs endocriniens).

Notre avis : Ce label étant largement reconnu par les professionnels et les consommateurs, il nous parait essentiel de sélectionner nos tissus d’après ce critère afin de nous assurer de la non-toxicité de nos vêtements. De plus, chaque année, nous sommes audités par le label SloWeAre, label de confiance de la mode éco-responsable. A ce titre, nous fournissons les certificats Oeko Tex® de tous nos partenaires afin que nos affirmations soient vérifiées et validées.

label oekotex 100
label slo we are

Ce PET recyclé est il mélangé à du polyester vierge ?

Les faits : NON. Lors de nos choix de fournisseurs, nous demandons systématiquement les certificats (souvent, le certificat GRS, Global Recycled Standard) permettant de connaitre la part de contenu recyclé dans un tissu et nous choisissons uniquement des tissus dont le polyamide et le polyester sont à 100% issu du recyclage. Pour les produits qui ont besoin d’être extensibles (leggings et brassières surtout), il y a ensuite une partie d’élasthanne qui est ajoutée lors du tissage.

Ci-dessous un extrait de 2 lignes d’un certificat correspondant à 2 tissus différents chez un fournisseur. Sur la première ligne, on voit un tissu dont le polyester est un mix entre du polyester recyclé et du polyester vierge. Sur la ligne d’en dessous, on voit un autre tissu où au contraire que l’intégralité du polyester utilisé est issu du recyclage.

exemple certificat GRS polyester recycle

 

Notre avis : contrairement à l’alimentation et aux cosmétiques dans lesquels les aspects « bio » ou « naturel » sont normés, il n’y a pas vraiment de seuil dans la mode pour dire qu’un vêtement est recyclé et chacun fait un peu comme il veut. Il nous paraissait essentiel de connaitre et partager cette information pour chacun de nos tissus.

De la même façon que le label Oeko Tex®, nous fournissons les certificats indiquant la provenance à 100% du recyclage du polyester à SloWeAre lors de notre audit annuel.

Le polyester recyclé est il moins cher que le polyester vierge ?

Les faits : contrairement aux idées reçues, le polyester recyclé est plus cher que le polyester vierge (environ 30% de plus). On pourrait croire que le fait d’utiliser des déchets permet de réduire les coûts, cependant, la collecte des déchets n’est pas gratuite, la transformation est complexe et de l’autre côté, le prix du pétrole brut n’est « pas assez » élevé pour compenser.

Notre avis : il est difficile de dire comment cela va évoluer dans le futur. Les procédés de recyclage s’améliorent, mais dans le même temps les marques d’eau minérale pourraient commencer à recycler leurs propres bouteilles ce qui réduirait la quantité de déchets disponible pour le textile.

Le polyester recyclé est-il recyclable ?

Les faits : oui. En revanche, il faut savoir qu’un tissu dont les fibres sont mélangées n’est plus recyclable (que ce soit du polyester ou non). Donc un tissu composé à 90% de polyester 10% d’élasthanne ou 90% coton 10% élasthanne n’est pas recyclable au sens du retour à la fibre. En effet, les procédés actuels permettant la séparation des fibres sont trop coûteux en termes d’énergie et impact carbone et n’ont pour l’instant pas de sens écologique (l’impact carbone de la séparation est supérieur à celui de la fabrication d’une nouvelle matière). Les recherches et améliorations des procédés dans ce domaine sont en cours (au Japon surtout) il est probable qu’à moyen terme, tout cela devienne possible et intéressant sur le plan énergétique.

A noter, il est cependant possible de recycler au sens plus large tous ses vêtements en les déposant dans un des conteneurs dédiés (la Fibre de du tri). Les applications de recyclages sont diverses (chiffons industriels, rembourrages, isolation…). D’ailleurs, chose assez peu connue,les marques payent une éco-participation sur chaque produit vendu. Celle-ci est collectée par Eco TLC, l’organisme responsable de la collecte, tri et recyclage des vêtements usagés.

Notre avis : pour des produits ayant besoin d’être élastiques, cette limite est un vrai problème, à partir du moment où l’on fait souvent des mélanges avec de l’élasthanne ou des mélanges polyester/coton. La seule chose que l’on puisse faire pour le moment est d’essayer de privilégier les produits mono-matières quand on le peut. Par exemple, notre nouveau débardeur sera fait à 100% de polyester recyclé et est donc recyclable. (Attention donc aux marques qui mettent en avant des fibres recyclables si elles sont mélangées à de l’élasthanne.)

Est-ce que le polyester recyclé rejette des micro-fibres au lavage ?

Les faits : lors du lavage, certaines fibres de nos vêtements se détachent et une partie est trop petite pour être filtrée par nos machines à laver. Comme toutes les matières, le polyester recyclé ne fait pas exception et rejette également des micro-fibres au lavage. La plupart des articles relayant le problème des micro-fibres textiles (souvent en faisant une confusion avec les micro-plastiques) ne mentionnent que les micro-fibres synthétiques. Cependant, les études à ce sujet montrent que TOUS LES TEXTILES SONT CONCERNÉS :

  • Une étude ayant analysé les eaux des océans montre que 80 % des micro-fibres retrouvées sont des fibres cellulosiques (coton, lin), 13% sont des micro-fibres de polyester, et moins de 1% sont du polyamide. La conclusion est similaire en eaux douces, comme le montre une autre étude analysant l’eau de la rivière Trent en Grande-Bretagne.
  • L’étude la plus complète sur les quantités de micro fibres relâchées au lavage par nos vêtements selon les matières montre que les fibres naturelles relâchent autant de micro-fibres que le polyester : 164 mg/kg en moyenne contre 161mg/km pour le polyester (et 27 mg/kg pour le nylon)
  • Ces études soulignent que les traitements et teintures appliquées sur les fibres naturelles ralentissent leur biodégradabilité. De plus, les eaux froides des mers et rivières ne sont pas des milieux idéaux pour la bio-dégradation. Cette étude a étudié des morceaux de vêtements récupérés après 133 ans d’immersion dans une épave, et plus précisément des échantillons de coton écru et d’autres qui avaient été teints. Un extrait des conclusions : « Des dommages typiques de biodégradation localisée et deux différentes formes de micro-organismes cellulolytiques ont été observés sur les fibres écrues. L’étain, qui a probablement servi de mordant pour la teinture, était présent seulement dans les échantillons teints. Il est probable que la présence d’étain ait joué un rôle dans la protection du tissu contre l’attaque par les micro-organismes cellulolytiques ».
bocal echantillon eau

Notre avis : sur ce sujet précis, les études semblent dire qu’il n’y a pas une matière vraiment mieux qu’une autre, en tout cas aucune matière qui règle le problème une bonne fois pour toutes. Les différentes conférences auxquelles nous avons assisté concluaient sur le fait qu’il fallait considérer ce problème comme un problème global du textile, et qu’une des principales solutions allaient surement venir de l’innovation coté filtres de machines à laver (plusieurs filtres existent déjà et il se pourrait que toutes les machines en soient équipées d’ici quelques années). En attendant, les micro-fibres se cassant principalement à cause de la friction entre les vêtements, il y a déjà quelques réflexes simples à adopter pour réduire ce phénomène :

  • Éviter de surcharger nos machines, et repérer les éléments coupants / abrasifs pour les protéger (zips, scratchs etc)
  • Limiter la température de lavage à 30°C maximum
  • Utiliser un sac de lavage Guppyfriend qui va à la fois réduire le nombre de micro-fibres cassées et filtrer la majorité d’entre elles.

Conclusion : pourquoi avons-nous choisi d’inclure le polyester recyclé dans la liste des matières éco-responsables que nous utilisons chez Gayaskin ?

Nous ne pensons pas que le synthétique recyclé soit LA solution. C’est UNE solution qui s’intègre dans un ensemble de solutions pour une mode plus responsable. Il a ses avantages et ses inconvénients, tout comme le nylon recyclé et le Tencel, que nous utilisons également. Et c’est une solution surtout pour le textile sportif, où le choix de matière est plus restreint du fait des attentes techniques des produits (séchage rapide, élasticité …).

Selon nous, il faut néanmoins veiller à faire les choses le mieux possible :

  • Un polyester recyclé certifié sans mélange avec du polyester vierge
  • Un polyester recyclé certifié Oeko Tex
  • Un polyester recyclé européen, depuis les bouteilles jusqu’aux teintures
  • Pas de mélange avec de l’élasthanne ou du coton quand c’est possible

Les déchets sont là, les lois qui interdisent purement et simplement les bouteilles d’eau, jus de fruits, soda etc n’existent pas encore. Notre credo n’est pas de dire que « le plastique c’est fantastique », bien au contraire. Mais tant qu’il y a encore du plastique à usage unique, il faut trouver des moyens de le recycler et le textile fait partie de ces solutions.

Quoiqu’il en soit : fabriquer c’est polluer. Quelque soit la matière, il faut que l’on réduise notre consommation avant tout et que l’on fasse durer ce que l’on a déjà.

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